Il y a peu
de temps Alain Passard
choisissait les légumes pour un nouveau tournant
culinaire. Pourtant arrivé à la consécration-trois
étoiles au Guide Rouge - il s’ennuyait sur le
tissu animal, qu’il travaillait depuis trente
ans et s’est fait rattraper progressivement par
le monde végétal. Une chance qu’il attendait,
et l’Arpège en est révolutionné.
« En ce moment c’est l’enthousiasme
pour les petits pois, les fèves, les carottes,
l’oseille, les salades, les haricots verts.
» Les yeux qui brillent et l’esprit bouillonnant,
Alain Passard vit à l’affût des émotions.
Lorsqu’il était enfant, il voyait sa grand-mère
Louise, grande cuisinière, oeuvrer aux fourneaux.
Une grand-mère cuisinière, c’est donc ça ! Et
pourtant, elle n’a pas été si déterminante.
C’est le geste qui l’a amené à la cuisine, l’importance
du geste. Celui de son père musicien, de sa
mère costumière ou de son grand-père vannier,
sculpteur. Au rythme de l’artisanat, ses mains
s’ennuyaient, elles le démangeaient même. Lui
aussi voulait faire de ses doigts un objet.
Philosophe de l’observation, il allie le geste
au regard. Ainsi il fait régner le silence dans
sa cuisine pour plus de concentration. Ses collaborateurs,
il les veut littéralement investis, « dans le
produit ».
« C’est là que l’on voit naître les choses ».
C’est ainsi qu’il a trouvé sa nouvelle cuisine,
dans le fond du sautoir : un regard qui s’attarde
sur une cuisson, sur l’évaporation des essences
d’un poireau ou d’un oignon et de là une remise
en question totale de la maison.
Plus que des moments à lui pour élaborer ses plats,
Alain Passard trouve l’inspiration et les émotions
le plus souvent lors d’un service. Il observe
et très souvent par imbrications, les idées se
font.
Le rouge carmin d’une betterave, les tonalités
de beige et brun de quelques cèpes grillées, deux
éléments préparés pour deux plats différents,
et comme une Alchimie, le chef les imagine ensemble.
Le jour même, après mise en pratique et juste
une émulsion de basilic, le plat prenait sa place.
Il aime aussi se promener sur les marchés, et
s’inspirer des formes, des couleurs, « le grain
d’un chou-fleur ivoire par exemple ».
Chaque mois il travaille de nouveaux produits
avec précision, même les semaines sont comptées,
tant le calendrier du légume est vaste. Pas d’erreur,
ni de hors saison, si le meilleur du produit ne
dure que quelques jours, il ne durera pas plus
de temps à la carte.
Menu à 1400F
Carte : environ 1200F
Mieux vaut réserver une semaine à l’avance.
Questions
au chef
Existe-t-il un plat sur votre carte que
vous n’avez jamais enlevé ?
« Le carpaccio de langoustines aux cèpes crues,
c’est un plat qui a 20 ans, et la tomate farcie.
C’est fantastique, un plat qui dure, ils vont
certainement me suivre toute ma carrière. »
Qu’aimeriez-vous qu’un client vous dise
?
« Déjà c’est un véritable compliment qu’il ait
choisi la maison, ce n’est pas facile d’être élu
dans une ville comme Paris »
« J’aimerais qu’il ait passé un moment agréable,
qu’il soit heureux. »
Quel plat aimeriez vous faire pour vos
amis à Noël ?
« Un gratin de pommes de terre à la crème avec
un peu de parmesan et quelques brisures de truffes
»