Aux fourneaux
du restaurant Le Grand Véfour depuis bientôt dix
ans, Guy Martin
a obtenu sa troisième étoile au Guide Rouge l'année
dernière. Portrait d'un jeune chef passionné de
peinture et artiste culinaire.
« Un artiste au Grand Véfour », c’est le titre
de son dernier livre et ça lui va bien. 50 tableaux
qu’il a lui-même choisis à travers l’histoire
de la peinture et qui lui ont inspiré 50 recettes.
Un rêve d’adolescent assouvi à 43 ans aux éditions
du Seuil.
Ce jeune créateur de saveurs tient
les commandes des fourneaux du Véfour depuis
presque 10 ans. Il a récolté un troisième macaron
au Guide Rouge l’année dernière.
Quand le groupe Concorde lui avait proposé de
descendre de ses montagnes pour venir à la capitale,
il était sceptique, pour tout vous dire, il
n’en avait aucune envie, il était juste venu
« par correction, pour visiter ». Cet amoureux
de la nature, sportif, se voyait bien encore
longtemps se lever face au Mont Blanc, il se
sentait bien à Divonne.

Mais que s’est-il passé pour qu’il change d’avis.
Un « mélange de choses » comme il le dit lui-même.
« Quand j’ai traversé les jardins du Palais Royal,
il y avait des fleurs, ils venaient de tondre
le gazon et ça sentait le regain comme chez moi,
l’herbe coupée, il y avait des amoureux, des enfants
qui jouaient dans les bacs à sable, c’était pas
l’image que j’avais de Paris et puis quand j’ai
poussé les portes du Véfour… l’émerveillement
: les peintures, les hauteurs sous plafond et
le lieu chargé d’histoire ».
Avant lui Raymond Oliver a occupé les lieux pendant
près de 38 ans. Le premier chef médiatisé. Un
monstre de la cuisine française. A son souvenir,
Guy Martin a gardé l’un de ses grands plats :
« le pigeon prince Régnier III » qu’il a quelque
peu revu sans le corriger.
Question produit, Guy Martin a
préféré supprimer, depuis quatre ans déjà, la
côte de bœuf, les abats, les os à moelle et
autres plats à risque, dans le doute et par
manque d’information. Il se dit avoir une responsabilité
morale. Lui ne mange pratiquement plus de bœuf
depuis cinq ans. Il n’a conservé que la queue
qu’il sert en parmentier. Un grand plat auquel
il reste très attaché et qu’il vend toujours
aussi bien. Sa clientèle lui fait confiance.
Une clientèle à 80% française de 35 à 50 ans.
« Assez rock, comme il dit».
Aujourd’hui, pour un ticket moyen de 800F (sans
les vins), il faut réserver un mois à l’avance.
Questions
au chef
Quel est le plat le plus demandé ?
Les ravioles de foie gras à l’émulsion de crème
truffée.
Celui que vous préférez ?
Celui que j’imaginerai demain.
Qu’est ce que vous aimeriez qu’un client
vous dise ?
Rien. Un sourire. Qu’il soit heureux.
Un regard, une parole d’un client peut déborder
sur autre chose.
Tiens, une anecdote. Il y a une quinzaine d’année,
quand j’étais à Divone j’ai vécu un moment très
fort avec un client. Il m’a dit : vous m’avez
fait un grand plaisir. Cette personne était paralysée.
A l’autre bout de la réception, quelqu’un d’autre
avait observé la scène. Emu, il m’a dit moi aussi
je suis cuisinier. C’était André Guillot, ses
livres de cuisine sont mes livres de chevet !
Nous sommes devenus amis.