Guy Savoy
est au firmament. Il a obtenu la
consécration suprême du Guide Rouge Michelin en
2002. Nous attendions cette troisième étoile comme
lui, avec impatience. Ce Cuisinier hors pair réalise
une Cuisine luxueuse et intelligente ; il est
devenu incontournable dans le monde de la Haute
Gastronomie.
La mise un scène du restaurant de Guy Savoy a
changé à l’été 2001. Place à un nouveau décor
: L’Auberge de l’An 2000. Avec l’architecte Jean-Michel
Wilmotte, une idée : garder l’esprit du lieu.
Des matériaux bruts : wengé, verre, cuir, des
touches de jeunes créateurs, Laurent Beyne signe
le beurrier en verre cassé, et toujours les sculptures,
tableaux et objets du Chef. Le résultat : une
large touche de convivialité.
L’histoire de sa cuisine, c’est
d’abord une histoire de famille. Depuis sa tendre
enfance, Guy Savoy aimait manger. Les repas
étaient même une forme de ponctuation de ses
journées : "une manière bizarre de venir à la
cuisine" dit-il.
Pour lui, manger c’était une grande priorité
et au delà même du plaisir, un vrai réconfort
de croquer une pomme à la récré et de rentrer
déjeuner à la maison. Dès l’âge de huit ans,
ses meilleurs amis sont vite devenus ceux qui
appréciaient comme lui le plaisir de la table.
Finalement, c’est vers douze, treize ans qu’il
se met à la cuisine, pour soulager sa mère.
Elle travaillait tant dans sa buvette qui au
fil des années est devenue un restaurant.
Naturellement Guy Savoy quitte le lycée en fin
de seconde, il s’ennuyait. Il se lance dans le
métier, dans "la magie de la cuisine". Associer
des produits, les marier, les cuire. Une notion
de temps et de lieu comme dans le théâtre antique.
De l’éphémère aussi. "Mélanger deux ou trois ingrédients,
en faire des petits boudins, les mettre au four.
Ca s’écarte, ça s’étale, ça devient bronzé sur
le bord, ça sent le beurre, c’est magique." Avec
ces mots, il arrive même à nous rendre béats devant
la cuisson de simples langues de chat.
Il se dit très primaire, parce qu’il aime les
sensations physiques du goût : "sentir le chaud,
le froid, le tiède et puis le mou, le dur, le
croustillant". Une approche charnelle de son métier.
Enfant de la Nouvelle Cuisine comme il aime le
dire, il est de la génération Gault et Millau,
il a pu exister à travers son métier. Terme galvaudé
aujourd'hui, la Nouvelle Cuisine est surtout l’expression
d’une maison personnalisée, détachée de son tournedos
Rossini et autres grands classiques des Palaces
Parisiens ou de la Côte d’Azur. Elle marque la
naissance des vraies maisons avec tout ce que
ça représente d’identité, de personnalité et de
spécificité.
Chez Guy Savoy, le métier se fait avec des hommes
et des femmes. 48 personnes s’affairent pour le
plaisir des convives, pour le leur aussi. Complices
depuis 15 ou 20 ans pour certains.
Guy Savoy s’entoure et en tire
la quintessence. Une quête de la spécificité
et de l’exceptionnel. Le produit avant tout
: les pigeons viennent de Bretagne, les volailles
de Bresse, l’agneau d’un petit boucher du pays
basque.
Pour lui une seule échelle, il y a autant de
noblesse dans un magnifique potiron, un beau
chou ou des radis fraîchement coupés que dans
un homard breton, des langoustines royales,
ou des truffes.
Sur sa carte on retrouve même un plat typique
de son enfance, le Sabodet, un saucisson de
Lyon servi avec une salade de pommes de terre
et poireaux, un plat rustique.
Loin d’être un laboratoire d’essai, sa cuisine
est une cuisine d’émotion née de l’envie de manger
telle ou telle chose d’une certaine manière, comme
toujours depuis la pomme à la récré, une envie
de manger c’est tout.
À la Carte, comptez environ 160 € à 200 €
Menus à 200 € et 245 €
Réserver à l’avance, mais ne jamais hésiter à
appeler entre 19h et 20h. Chez Guy Savoy, il n’y
a pas de règles
Questions au chef
Quelle est la meilleure table ?
La Table 32, d’un point de vue position géographique.
Quel est le Plat le plus demandé ?
La soupe de truffes et artichauts. Je ne lui connais
pas de détracteur, depuis 7-8 ans.
Existe-t-il un plat que vous n’avez jamais
pu enlever de votre carte ?
Le seul qui subsiste depuis une quinzaine d’années,
c’est les huîtres en nage glacée et le ragoût
des maraîchers que je faisais à la Barrière de
Clichy mais que je ne fais que l’été maintenant.
Quelle est la demande la plus extravagante
qu’un client vous ait jamais faite ?
Lors d’un déjeuner de collectionneurs d’Yquem,
l’un d’eux avait apporté un vin de Chypre de 1847.
On a dégusté ce vin, très peu, puis on a rebouché
la bouteille. Le collectionneur est revenu quelques
jours plus tard pour terminer la bouteille avec
son épouse. J’ai fait un blanc de volaille de
Bresse avec du zan, un peu de réglisse. Il m’a
dit que c’était l’accord parfait avec le vin.
On m’a aussi demandé de faire un hamburger à ma
manière ou des clins d’oeil au classicisme : un
gigot de 7 heures, des tomates farcies. C’est
amusant.
Où aimez vous aller dîner ?
La poule au pot, rue de Vauvilliers pour une salade
d’épinards et une poule au pot justement.
S’il n’est pas trop tard, ça peut être le Ritz
Club, parce que j’adore cet endroit. Ou le 12
rue Dauphine.
Qu’est-ce que vous aimeriez qu’un client
vous dise ?
A demain. (Ca arrive)