Jean-Pierre
Vigato, cuisinier autodidacte. Il officie
aux fourneaux d’Apicius depuis bientôt vingt ans.
Epicurien, il ne dessine pas ses plats, sa cuisine
est tout simplement instinctive.Tiens, le « meilleur
boucher de Paris » vient d’entrer, quelques colis
aux bras.Le téléphone sonne, c’est complet. La
liste d’attente est ouverte pour le dîner. Langueur
matinale, tout se fait avec douceur. En salle
on repasse les nappes sur table, on devine que
les cuisiniers s’affairent au sous-sol.
Murs grège, chaises framboise, rideaux rayés,
tulipes blanches gigantesques, Michèle Allard
a signé le décor avec talent et justesse.
Jean-Pierre Vigato a le goût du
beau et du bon.
Le plaisir de la gourmandise, il le tient de
sa mère et de sa grand-mère. Une cuisine familiale,
vraie. Et puis un jour, ça lui prend comme un
« coup de fusil » dit-il, l’envie de passer
derrière les fourneaux. Il n’ a que quatorze
ans, arrête l’école et surprend ses parents.
Mais c’est ce qu’il veut faire. Cette idée,
il l’a mûrie seul, sans discussion ni concertation.
Une place de commis vacante dans un restaurant,
c’est l’occasion. Il met les pieds dans le plat,
et apprend le métier, l’organisation. Pour ce
qui est des casseroles, il comprend vite que
la cuisine familiale lui a appris bien plus
: la justesse des cuissons et des assaisonnements.

Alors Vigato cherche les souvenirs des saveurs.
Il trouve une place à Paris, puis une autre dans
un deux étoiles et se lance en salle. « Pour être
un bon cuisinier, il faut aussi rencontrer ses
clients. » Chez Albert, il fait ses classes, prend
des cours d’anglais, de gestion, d’oenologie tout
en apprenant la sommellerie sur le tas. Perfectionniste,
il veut tout connaître des rouages du métier pour
monter sa maison.
A 25 ans, il s’installe à 70 kilomètres de Paris.
Trop loin de la ville, il s’ennuie. Il ne reste
que quelques mois et revend son restaurant pour
revenir à la capitale.
De nouveau en salle, cette fois comme maître d’hôtel
chez son beau-frère Charlot Place Clichy, il excelle.
Avec sa bonne gueule et son âme de cuisinier,
il peut vendre ce qu’il veut.
Mais son idée ne l’a pas quitté. Son Restaurant,
il le trouvera rue Rachel, la plus petite impasse
de Paris. Cinéma porno, femmes de mauvais genre,
cimetière de Montmartre, marbriers funéraires
comme voisins, ça ne lui fait pas peur, il ouvre
en 1979. Une équipe de quatre personnes, une cuisine
dans un mouchoir de poche et il obtient vite la
récompense, l’étoile, en 1982. Il revend presque
tout de suite. Et attendra près d’un an pour trouver
enfin le coin de l'avenue de Villiers.
Parcours on ne peut plus atypique.
Vigato est aujourd’hui un grand chef, ce qu’il
n’avait jamais envisagé. Il ouvre des bistrots
puisque ça marche, mais ne cuisine que dans
son gastro. Pour ceux qui s’attendent à retrouver
un peu d’Apicius dans ses deuxièmes maisons,
il s’insurge. Il n’y en a qu’un seul. Tactile,
Jean-Pierre Vigato aime le rapport au produit,
à la matière. Chaque matin ou presque il se
rend au marché du coin, pour voir. Il revient
les paniers pleins, voilà sa source d’inspiration.
L’alchimie ne s’opère pas autour de petites
casseroles, de réduction d’épices ou d’herbes
parsemées. Pas de réflexion, ni de petits papiers,
mais de l’instinct, une équipe soudée, du sang
neuf et des idées.
Menu dégustation à 104 €
A la carte, comptez environ de 70 € à 120 €
Mieux vaut réserver une semaine à l’avance pour
le dîner
Questions
au chef
Alain Fusion : Quel a été votre premier
restaurant ?
Jean-Pierre Vigato : Mon premier restaurant, c’est
le « Grandgousier »
A.F. : Quand avez-vous créé votre restaurant
« APICIUS » ?
J-P. V. : Je possède le restaurant Apicius depuis
1984.
A.F. : Combien de personnes dirigez-vous,
pour combien de repas servis ?
J-P. V. : Nous sommes 20 pour le restaurant et
nous servons de 80 à 100 couverts par jour.
A.F. : Vous dirigez et vous participez
à l’activité de plusieurs restaurants à Paris
: Apicius, A & M Bistrot, A & M Marée, le 6 New
York ; votre épouse dirige Natachef. Vous avez
aussi une activité de Consultant. Pourquoi ces
diversifications ?
J-P. V. : Le côté ludique de la chose …
A.F. : On vous prête un projet dans le
8eme arrondissement !
J-P. V. : En effet, j’étudie un projet d’installation
rue d’Artois pour le futur Apicius. C’est un gros
projet avec de nombreuses contraintes ; avec aussi
la part de risque liée à tout changement de lieu.
En Novembre 2003 rien n’est encore définitif,
cela reste pour le moment, un projet.
A.F. : Comment s’organise votre emploi
du temps d’une journée type ?
J-P. V. : Tous les jours j’ai divers rendez-vous
; et puis faire le Marché dès que j’en ai le temps
et naturellement les préparations des deux services,
entre la salle et la cuisine.
A.F. : Quel est le plat le plus demandé
chez « APICIUS »?
J-P. V. : Le foie gras de canard poêlé Apicius
aux radis noirs.
A.F. : Quel est votre plat préféré ?
J-P. V. : La tête de veau ravigotée, langue et
cervelle.
A.F. Quelle est votre boisson favorite
?
J-P. V. : Le vin…
A.F. : Qu’aimez-vous qu’un client vous
dise après dîner ?
J-P. V. : Qu’il est heureux !
A.F. : Où aimez-vous aller dîner à Paris
?
J-P. V. : Chez des copains. Et la cuisine de l’Ambroisie,
place des Vosges.
A.F. : Quelle est votre relation avec
l’Art moderne, l’art contemporain ?
J-P. V. : Cela fonctionne en « coup de foudre
», comme pour le tableau « les Pommes » qui est
chez Apicius.
A.F. : Etes-vous un fumeur de cigares
? Si oui, quelles vitoles aimez-vous fumer ?
J-P. V. :Je suis un fumeur de havanes, nous avons
deux caves à cigares chez Apicius. J’apprécie
le D4 de Partagas.
A.F. : Quel est votre principal trait
de caractère ?
J-P. V. : Ce n’est pas à moi de répondre à cette
question …
A.F. : Avec qui aimeriez-vous travailler
?
J-P. V. : J’aime travailler avec une équipe heureuse
!
A.F. : Si vous deviez changer de métier,
quel métier feriez-vous ?
J-P. V. : Quelque chose de créatif de toute façon
…
A.F. : Quel est votre rêve d’enfant qui
n’a pas encore été réalisé ?
J-P. V. : Oh … plusieurs et c’est cela qui nous
fait avancer, je crois…
A.F. : Où aimez vous passer des vacances
?
J-P. V. : Au calme ; près d’un Golf ou bien à
la campagne pour la chasse l’hiver.